L’abbaye de Saint-Maurice fête ses 1500 ans

La cité de Saint-Maurice a clôturé le jubilé de son abbaye en fêtant son 1500e anniversaire, en présence du cardinal Kurt Koch, envoyé extraordinaire du pape François, et du conseiller fédéral Didier Burkhalter. Le cardinal a présidé la messe pontificale dans une basilique comble. La procession des reliques de Saint-Maurice a précédé les allocutions officielles, l’envol des colombes et le partage du pain du 1500e.

25e dimanche du temps ordinaire

Chers amis,

Connaissez-vous les fenêtres à jalousies ? Je vois que certains d’entre nous hochent la tête.
Vous savez, ce sont ces stores à lamelles réglables. On peut les écarter plus ou moins pour faire entrer le soleil à dose variable. Je vois que la chose vous est connue, même si son nom ne l’était pas forcément : cela s’appelle des jalousies, mais oui.
On peut dire aussi « lamelles réglables », bien sûr mais « jalousies » dit tellement mieux ce dont il s’agit.
Car si l’on peut voir l’utilité de ces lamelles depuis l’extérieur – faire entrer plus ou moins le soleil – on peut aussi leur trouver une autre utilité vue depuis l’intérieur de la pièce. Observer sans être vu. D’où leur nom de « jalousies ».
Or la jalousie est bien souvent empreinte de lâcheté, et cette image nous le montre clairement. On veut épier, oui, envier, oui, mais surtout pas assumer. Il ne faut pas être vu soi-même.
La jalousie est une des plus remarquables armes du démon. Elle se nourrit d’envie (l’herbe est toujours plus verte chez le voisin), d’insatisfaction (on n’envie l’autre que parce que l’on ne voit pas notre propre bonheur), elle se nourrit aussi de ces esprits chagrins qui voient toujours le verre à moitié vide ou qui refusent de s’émerveiller sur les bonheurs, les réussites, les qualités des autres.
« La jalousie voit tout, excepté ce qui est. » disait Xavier Forneret, auteur du 19e siècle. C’est très joliment dit : « La jalousie voit tout, excepté ce qui est. »
Par une fenêtre à jalousies, on voit tout. Mais on voit tout de façon déformée, masquée, zébrée par les lamelles et le jeu du clair-obscur. Au fond, on voit peut-être tout, mais en réalité on ne voit rien, on ne voit pas du tout les choses telles qu’elles sont réellement.

Les textes d’aujourd’hui nous mettent en garde contre ce défaut très humain qu’est la jalousie. Jacques, notamment, dans la deuxième lecture.

Il va très loin, en disant même que c’est ce type de sentiments qui provoquent les guerres. Et on ne le sait que trop bien. Si l’on est heureux de ce que l’on a, pas besoin d’aller regarder chez l’autre en se demandant si c’est mieux, puis de vouloir prendre ce que l’autre possède, en envahissant son territoire si nécessaire.
C’est le mécanisme-même des publicités, vous avez remarqué ? On vous montre ce que vous n’avez pas, on vous fait croire que vous en avez besoin, que vous vivrez plus heureux avec cet objet, et on vous pousse à le posséder.
Y compris si vous devez prendre ce que vous n’avez pas pour l’obtenir – eh oui, c’est le principe de l’achat à crédit, on achète avec l’argent qu’on n’a pas. C’est le drame de certains de nos jeunes qui s’endettent à n’en plus finir.
C’est aussi le principe de la presse people. On vous met une star en couverture. Et vous l’enviez. Vous enviez sa vie, son argent, sa beauté, son pouvoir, sa célébrité, tout ce que vous n’avez pas.
Jalousie…

Alors que franchement, chers amis… vous savez bien que les gens qui font les gros titres de nos magazines ne sont pas les plus heureux sur cette terre loin de là. Que les gens connus vivent des vies très compliquées.
Sincèrement, vous enviez Brad Pitt et Angelina Jolie, vous ? Ils ont la beauté, l’argent, la célébrité, mais des soucis à n’en plus finir, des gardes du corps tout le tour du ventre, des paparazzis jusque dans leur salle de bain…
Sincèrement, vous enviez Barack Obama ou le pape François ? Ils ont le pouvoir et la célébrité. Mais des nuits courtes et un emploi du temps qui ne leur laisse plus une seconde à eux, sans parler des responsabilités qui pèsent sur leurs épaules.
Sincèrement, vous enviez Michel Platini ou Sepp Blatter ? Ils ont le pouvoir et la célébrité, la joie de vivre dans le monde du sport, ils font le tour de la terre au travers de ces merveilleux moments que sont les compétitions mondiales ou européennes, mais croyez-vous qu’ils ont une vie plus heureuse que la vôtre ? Vraiment ?
D’ailleurs ces gens sont aussi sujets à de grands dangers. La première lecture, le livre de la Sagesse, nous le disait très bien : ceux qui méditent le mal – les jaloux – veulent attirer toutes ces personnes dans un piège. Le jaloux veut toujours le mal de celui qu’il jalouse, au final.
Jésus, dans l’Evangile, nous invite à laisser de côté tout cela. Il fustige la jalousie entre ses disciples qui se disputaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Et Jésus renverse tout. Le plus grand, avec lui, n’est pas le plus grand. Le plus grand c’est celui qui se fait humble, serviteur, le plus grand, avec Jésus, c’est le plus petit. Et Jésus nous propose donc de retrouver notre âme d’enfant.
Présentez Barack Obama, Brad Pitt ou Sepp Blatter à un enfant, quelle sera sa réaction ? Aucune, il ne les connait pas.
Mais montrez-lui un bonheur simple : rire aux éclats, se jeter dans l’eau d’une flaque, courir dans le vent, manger à sa faim, faire un câlin tout tendrement, il voudra tout de suite faire comme vous.
Le vrai bonheur est simple, il ne s’embarrasse pas des standards du soi-disant bonheur de notre monde.
Alors chers amis, ne jalousons pas trop les gens qui font la couverture de nos journaux. Regardons la vie simple et belle que nous avons, ouvrons toutes grandes les lamelles de nos fenêtres à jalousies pour laisser entrer dans nos cœurs le grand soleil de Dieu.

 


Lectures bibliques : Sagesse 2, 12.17-20; Psaume : 53; Jacques 3, 16–4, 3;  Marc 9, 30-37

Homélie du 13 septembre

(traduction)
Chers amis en Christ,
La question de Gretchen
Il sera question ce matin de la « question de Gretchen ». Une question célèbre dans l’univers germanophone et qui fait son apparition dans « Faust », l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe.
Gretchen aime Faust, mais elle souhaiterait connaître les convictions qui habitent son cœur, car elle n’en est pas sûre. Aussi lui pose-t-elle la question :
Gretchen : « Promets-moi, Heinrich »
Faust : « Tout ce qui est en ma puissance ! »
Gretchen : « Hé bien, dis, que penses-tu au sujet de la religion ? Tu es un excellent homme, un homme de cœur : mais je crois que tu n’as guère de religion »
Faust : « Ne t’inquiète point de cela, mon enfant. Tu sais que je t’aime, et que pour mon amour je verserais tout mon sang, je donnerais ma vie. Je ne voudrais d’ailleurs troubler personne dans ses sentiments ni dans sa foi »
Une « question de Gretchen » est une question essentielle. Une question importante, qui doit être prise au sérieux, qui nécessite une prise de position.
C’est exactement de cela qu’il s’agit dans l’Evangile de ce dimanche. Jésus pose à ses disciples une « question de Gretchen ». Il souhaite qu’ils se prononcent sur son identité. Il veut savoir pour qui ils le prennent. Et comme dans « Faust », cette question n’est pas lâchée de manière anodine. A peine Gretchen est-elle entrée dans la maison qu’elle lance : « Promets-moi, Heinrich ». Et ensuite seulement arrive la question décisive. De même, Jésus n’interroge pas directement ses disciples sur la manière dont ils le voient. Il lance une question analogue : « Qui suis-je, d’après les hommes ? ».
Avec cette première question préliminaire, on peut rester encore un peu dans les réponses générales. On peut encore évoquer des avis et des points de vue différents. On n’a pas encore à et choisir son point de vue. Mais Jésus en arrive à l’essentiel : il demande aux disciples comment ils le considèrent. Et là, ils doivent annoncer la couleur.
Jésus pose cette « question de Gretchen » à ses disciples juste avant de se rendre à Jérusalem avec eux. Ce n’est donc pas un hasard si l’évangile de Marc évoque – immédiatement après que Pierre ait reconnu en Jésus le Messie – la première annonce faite aux disciples de sa passion. Jésus veut savoir par avance si ses disciples tiennent à lui, s’ils vont rester avec lui lorsque les choses deviendront sérieuses.
Examen personnel
Il ne s’agit pas ici d’une question théorique, mais d’une question pratique, d’un examen personnel que Jésus exige de ses disciples : êtes-vous prêts à parcourir le chemin que je vais parcourir ? Voulez-vous vraiment vous imprégner de mon enseignement ? Ne me laisserez-vous pas tomber lorsqu’il y aura des difficultés ? Savez-vous que le chemin que nous allons emprunter est un chemin qui, certes, mène à la résurrection, mais passe par la croix ?
En ce sens, la question que Jésus pose à Pierre et aux autres disciples nous est également destinée. Ainsi il nous est demandé de ne pas en rester aux credo officiels et autres formules dogmatiques. Il est question de notre positionnement existentiel fondamental vis-à-vis de Jésus. Confessons-nous vraiment Jésus ? Ou alors seulement du bout des lèvres ? Jésus Christ a-t’il une vraie signification dans ma vie ou n’est-il qu’une figure périphérique ? Sommes-nous prêts à accepter des inconvénients en raison de notre foi ? Ou ne sommes-nous que des girouettes dans le vent ? Jésus Christ est-il vraiment le chemin, la vérité et la vie ? Ou, en dernier ressort, seulement un personnage intéressant de l’histoire des religions ?
La phrase de Jésus : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » est la « question de Gretchen » de notre foi. Une question qu’on ne peut pas éluder.
Réponse de chair et d’os
Une réponse vraiment chrétienne à cette question a deux aspects.
Il y a d’abord la réponse qui nous est donnée comme exemple par la Bible et par l’enseignement de l’Eglise. Ce sont les énoncés dogmatiques, que vous trouvez sous une forme raccourcie dans les confessions de foi. Mais, croire en Jésus au sein de la communauté ecclésiale ne signifie pas seulement dire ou penser quelque chose de Jésus. L’Eglise nous dit qu’en Jésus, il y a plus qu’un prophète, plus qu’un chef religieux, plus qu’un homme exemplaire. C’est vraiment Dieu qui est entré dans l’histoire. Jésus n’est pas qu’une simple figure du passé. Il est présent, élevé et ressuscité, dans nos prières, dans notre service religieux, dans nos sacrements.
Nous croyons en Jésus Christ. Le mot « Jésus » nous relie à sa dimension humaine, à son existence terrestre, à son ministère. Le mot « Christ »  exprime le fait que cet être humain est le fils de Dieu. Il est vraiment Dieu. C’est pour, le dire ainsi, la charpente  de notre foi.
Au-delà de cela, il revient pourtant à chaque chrétien de trouver sa réponse personnelle. Avec, naturellement, des éléments subjectifs. Cela veut dire que le croyant doit et peut se demander : très personnellement, qu’est-ce qui m’est important en Jésus ? Quels sont les accents de ma foi ?
La réponse à cette question sur la signification subjective de Jésus n’est jamais définitive. Elle dépend des expériences de vie concrètes que je fais. Elle dépend de l’âge, de l’environnement dans lequel je vis, des tâches que j’ai à accomplir. La foi n’est pas seulement confession. La foi est aussi une question relationnelle.
Comme le dit Anselm Grün : « Jésus est pour moi le message que je suis aimé par Dieu de manière inconditionnelle ».

Amen»


24e dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques :

Isaïe 50, 5-9a; Psaume 114; Jacques 2, 14-18; Marc 8, 27-35